Il y a deux ans, l’ancien soldat de l’armée israélienne a troqué son treillis pour un tablier, et son arme de service pour des instruments de repoussage… cette jeune artisan produit désormais des pièces en cuir sur mesure et sur commande.  

C’est à Saint-Cloud que la jeune boulonnaise de 28 ans a installé son atelier, l’atelier Shazak. « Sofia, c’est mon prénom,  le « S » de « Shazak ». Pour le « Ha » et le « Zak » il s’agit de la contraction de mes deux noms de famille ». Sofia Haccoun-Zakabloukowa y fabrique sur mesure et à la commande des harnachements de chevaux, des sacs, des ceintures, des étuis en cuir… Une petite entreprise lancée en décembre 2016, une fois terminées ses deux années aux Compagnons du devoir. « Ma formation, c’est de la sellerie générale, tout ce qui concerne l’intérieur des voitures, le médical, les selles de motos…je me suis également formée en autodidacte à d’autres techniques de sellerie bourrellerie qui s’apparente à de la maroquinerie ».

Pour les harnachements, Sofia réalise toutes les coutures à la main


L’artisanat est souvent considéré comme une voie de garage

Bien que cette passion pour le cuir sommeillait en elle depuis longtemps, ce n’est que tardivement qu’elle a sauté le pas. « Je sentais que c’était en moi. Si la plupart des cavaliers détestent nettoyer leurs cuirs, moi j’ai toujours adoré ça». Mais elle ne sait alors pas exactement ce qu’est l’artisanat.  «  Je suis passée d’abord par un circuit basique. Je fais partie de cette génération « passe ton bac d’abord » et celle aussi où l’artisanat est considéré comme une voix de garage. J’aurais adoré qu’on me dise à 14 ans, c’est bon tu peux commencer à apprendre ton métier ». C’est finalement son passage par l’armée qui va lui ouvrir les yeux.

L’armée a été le déclencheur

Après un an et demi dans une école de communication à l’EGSCI,  à Paris, un passage comme cheffe de rang au restaurant Mugler Follies, elle décide de partir faire son service militaire en Israël. « L’armée m’a toujours attirée. Je voulais rester en France mais je me suis rendue compte à l’époque qu’il n’y avait pas beaucoup d’opportunités pour les femmes. » Ainsi, elle part à plus de 3000 kilomètres, sans parler un mot d’Hébreux, et sans avoir aucune attache. « Cette expérience  a renforcé mon esprit d’équipe, mon mental, cela m’appris la solidarité, l’humilité, la discipline… » Sans oublier qu’elle a redécouvert qu’elle était manuelle « On nous a demandé de réaliser à partir de matériaux de récupération des étuis, et j’ai fait un truc vraiment chouette…Cela a été le déclencheur ». Blessée au genou, elle doit finalement rentrer en France.

Une pièce comme celle-ci peut nécessiter plus de 20 heures de travail.

Une démarche eco-responsable

Elle s’inscrit donc dans une formation des Compagnons du Devoir. A la sortie, elle se lance dans l’entrepreneuriat. «  Cela m’a appris que je suis encore plus polyvalente que je ne le pensais car je suis aussi acheteuse, aussi experte Urssaf, comptable, livreur webmaster... » Et évidemment ce qu’elle préfère, créer en adoptant une démarche éco-responsable « Je refuse de travailler tout ce qui est cuir exotique ( crocodile, galuchat,  requin, raie, serpent),  je travaille du bovin et du caprin. Je refuse tout cuir tanné au chrome ». Son travail est à découvrir notamment le 6 et 7 avril lors des Journées Européennes des Métiers d’Art à Antony.